Dhruva, une ruche de talents, de gamers, d’artistes en somme

Dhruva

Bangalore, India, July 2016

Chez Drhuva, les locaux ne ressemblent en rien à ceux des autres entreprises que nous avons pu visiter en Inde. Un petit espace vert à ciel découvert, à l’entrée, permet aux collaborateurs de se détendre et de prendre l’air. Nous pénétrons dans un bâtiment climatisé et bien entretenu. Sur les murs, nous pouvons voir les réalisations de cette entreprise qui s’occupe des graphismes de jeux vidéo développés par certains des plus grands acteurs du marché. En fait, il s’agit selon nos interlocuteurs, d’une des plus vieilles et anciennes entreprises indiennes de ce marché du “game development” et “art production”.

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Nous sommes donc reçus par Anvesh, Human Ressources Manager, et par Jagadee, Chercheur de Talents, qui est présent dans la société depuis ses débuts. Ici, l’ambiance est à l’entraide et on cherche à développer les capacités de chacun, le partage du savoir est une valeur d’une importance primordiale.

Les équipes sont d’ailleurs organisées par projet, et constituées selon l’expérience de chacun. Les artistes – ainsi appelle-t-on les collaborateurs – sont définis selon leur niveau d’expertise : Junior game artist, Game artist, et Senior game artist. Ainsi, chacun peut partager son savoir et ses compétences avec les plus jeunes, pour une amélioration constante. Anvesh nous expliquait que lorsqu’ils se comparent à la concurrence, ils se rendent compte qu’un an de travail chez Drhuva correspond en termes de compétences acquises à 2 à 3 ans ailleurs. Enfin, tout le monde s’appelle par son prénom et il n’y a pas de hiérarchie formelle.

De la même façon que dans la plupart des entreprises que nous avons visitées, les horaires relèvent de la responsabilité de chacun et l’entreprise est ouverte 24h/24. Dans cette entreprise très  exigeante sur la qualité du travail qu’elle délivre, il semble que chaque collaborateur soit engagé et que tous savent à quel point l’équipe compte sur eux et sur leur travaille.

Le système de promotion et d’augmentation salariale est pensé de manière à ce que chacun prenne ses responsabilités. La performance individuelle sera factrice de cette promotion. En effet, les projets sont validés par les clients, la qualité n’est donc pas une option. C’est donc la quantité de tâches et projets accomplis et validés qui sera analysée et qui fera varier les primes. Ainsi, les artistes ont tout intérêt à apprendre de leur aînés en termes de créativité et à être le plus productif possible.

“At Drhuva, the more work you complete, the more money you get”

En Inde, nous avons constaté qu’il était extrêmement difficile de rendre les collaborateurs loyaux, et de les garder plus d’un an et demi ou 2 ans, spécifiquement dans le secteur des NTIC. Drhuva est ainsi régulièrement  prise pour cible par ses concurrent qui recherche des talents, mais semble avoir trouvé une recette qui fonctionne bien (seulement 15% d’employee turnover). Cette recette compte trois grands angles :

  • Premièrement, les salaires sont en moyenne plus élevés que ceux du marché. De cette façon, il sera difficile aux concurrents de débaucher les talents de Drhuva, qui est un des leaders dans son domaine. Et ceci sans compter les primes allant jusqu’à 3 mois de salaire supplémentaires selon les performances individuelles.
  • Deuxièmement, les projets négociés par Drhuva se déroulent sur le long terme et comportent une diversité dans les tâches à accomplir. Les challenges ainsi proposés aux collaborateurs permettent alors une satisfaction intellectuelle et intrinsèque qu’ils auront du mal à trouver ailleurs. Les collaborateurs sont assignés sur un projet pour toute sa durée, qui peut aller jusqu’à plusieurs années. Les collaborateurs peuvent alors contempler le labeur accompli et voir un projet sur lequel ils ont travaillé devenir un succès mondiale.
  • Enfin, le mode organisationnel semble être unique. Dans une culture Indienne où la position sociale est extrêmement valorisée, la transparence mise en place permet à tous de savoir pourquoi ils sont là et comment ils peuvent espérer aller plus loin. Les critères d’évaluation de performance sont clairs et  connus de tous, ce qui leur permet de s’adapter, et d’agir en conséquence. Il y a un feedbach sur cette évaluation biannuelle qui comprend les technicals et softs skills. Tout artiste à l’opportunité de revenir discuter afin de comprendre et de mieux saisir les résultats de cette évaluation.

   FOCUS POINT

Pour nous Français, aucun des éléments cités ci-dessus ne nous paraissent disruptifs par rapport à ce que l’on peut voir au pays. Malgré tout, il existe un élément chez Drhuva qui vient réinventer le processus de recrutement. Comme ailleurs, il existe une manière de recruter dans l’urgence, lorsqu’on a un besoin urgent pour un projet à venir, assez classique. Même si on fera attention aussi bien aux soft qu’aux technical skills, rien ne change par rapport aux autre entreprises visitées.

En revanche, Drhuva a décidé de lancer une Drhuva Academy. Il s’agit d’aller chercher les jeunes passionnés du graphisme quelque soit le milieu duquel ils sont issus afin de les former, dès le départ, aux exigences de l’entreprise. Cela permet à la société de s’assurer  non seulement une loyauté sans faille de la part des heureux élus mais également qu’ils aient reçus une formation de qualité, et qu’ils soient parfaitement intégrés. Cela répond aussi à un manque de talents disponibles sur le marché et correspondant aux exigences de Dhruva.

La formation s’étale sur un an. Pour commencer, les jeunes apprentis commencent par postuler en ligne, où s’effectue une sélection, il n’y a que 15 places par trimestre! Durant les 3 premiers mois, ils seront formés à la théorie par des senior artists, ils apprendront le savoir basique et indispensable pour cette première expérience.

A l’issue de ces premiers mois, ils seront mis à l’épreuve à l’occasion d’un examen qui déterminera s’ils sont aptes à passer à l’étape suivante: La production. Après avoir passé ce test avec succès, ils exploreront les fondamentaux pratiques du métier à travers différentes équipes. Cela leur permet d’explorer les projets à des phases différents, mieux cerner ce qui leur plaît, quelles vont être leurs motivations à long terme.

Enfin, lors des 6 derniers mois de la formations, les trainee artists vont intégrer une équipe pour toute la durée d’un projet. Cela leur permettra de voir comment une équipe fonctionne de A à Z, et d’en faire partie. A l’issue de ce projet, les apprentis auront trouvé leur place dans l’entreprise.

La première génération en est aujourd’hui à la troisième étape, le programme reste encore très jeune. Et pourtant, les collaborateurs de Drhuva pensent qu’il a un grand avenir. Le manque de formations diplômantes de qualité pour ce milieu  a laissé une porte ouverte à la Drhuva academy. Ainsi l’objectif serait de pouvoir faire un partenariat avec une école pour délivrer aux apprentis un diplôme reconnu par l’état à la fin de la formation.

On avait déjà vu une entreprise qui décidait de former ses propres employés, le Genae club, avec la Genae Acaedmy. Il semble donc possible d’adapter ce modèle à d’autres entreprises, d’autres industries, d’autres cultures..

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One thought on “Dhruva, une ruche de talents, de gamers, d’artistes en somme

  1. Ludovic Fourlinnie

    Top le principe des “focus points” !
    Le principe d’académie est peut-être quelque chose à creuser en termes de formats imaginables en fonction des contextes / tailles / cultures / métiers des différentes entreprises.

    Liked by 1 person

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